Les
débats sont de plus en plus vifs dans la communauté
scientifique : peut-on casser une clé
asymétrique codée en 1024 bits ?
Peut-on venir à bout de ce qui se fait de mieux
sauf exception dans le cryptage des échanges
de données ? Certes, les experts sont
partagés, mais le fait qu'il y ait débat
montre bien que le chiffrage sur 1024 bits n'est plus
aussi sacré qu'il ne l'était par le
passé. Si l'on en croit Ronan Bertin-Hugault,
ingénieur avant vente chez Certplus - qui gère
quotidiennement les problématiques de sécurité
avancées : "Le monde du cryptage
croyait que ce type de clé allait demeurer
longtemps inviolable, mais ça n'a pas été
le cas. Aujourd'hui, nous sommes nombreux à
nous poser des questions". Pour nombre d'experts,
le déchiffrage des clés 1024 bits est
désormais à la portée des grandes
compagnies et des organisations internationales.
Pour
l'instant, seules les entités capables de débourser
plus d'un milliard d'euros pourraient en effet se
permettre de casser du 1024 bits, si l'on en croit
Daniel Bernstein. Ce chercheur est l'auteur d'un article
(format PostScript) présentant une solution
qui permet d'améliorer sensiblement la vitesse
du décryptage de ces clés. Les recherches
qu'il a menées évoquent la possibilité
de construire une architecture matérielle qui
exploite la factorisation des clés 1024, qui
sont basées sur de grands nombres premiers.
Une architecture qui coûterait une somme colossale,
accessible seulement aux budgets d'une multinationale
ou d'un gouvernement.
Probablement
cassable
Même si certains se plaisent à dénigrer
les théories de Daniel Bernstein, de nombreux
chercheurs pensent que des organisations gouvernementales
- comme la NSA aux Etats-Unis - disposent d'outils
permettant de casser les clés les plus solides.
Le budget de la National Security
Agency
est en effet considérable - 5 milliards de dollars
selon les estimations -, et les scientifiques qu'elle
emploie comptent parmi les meilleurs au monde. Ronan
Bertin-Hugault prend en tout cas le problème
du cryptage en 1024 bits très au sérieux :
"La réflexion sur la solidité de
ces clés est justifiée, car elles sont
probablement cassables, mais le tout est de savoir sous
quelles conditions, et avec quels moyens. Il est pour
l'instant tout à fait improbable qu'un pirate
isolé, même doué, casse une telle
clé."
Les
clés en 1024 bits asymétriques sont
donc probablement vulnérables moyennant une
débauche de moyens, et dans certaines conditions
seulement. Des conditions qui - il faut l'avouer -
demeurent marginales. La clé doit avant tout
être asymétrique, c'est à dire
qu'elle doit être utilisée dans un processus
d'échange de données cryptées
entre deux partis. Ailleurs, pour les besoins de stockage
de données protégées par exemple,
on utilise couramment de très bonnes clés
symétriques, beaucoup plus difficiles à
déchiffrer, mais beaucoup moins pratiques.
Impossible de faire de l'échange de données
cryptées sans mettre en place un protocole
digne de ceux que l'armée emploie.
Deuxième
condition : les informations contenues dans cette
'enveloppe' cryptée ne doivent pas être
périssables, car si elle l'étaient,
elles ne vaudraient plus rien une fois déchiffrées.
Seules les informations encore sensibles après
plusieurs mois, voire plusieures années sont
menacée. Plus la durée de validité
d'une information est longue, plus la clé utilisée
doit être solide : la puissance de calcul
d'un ordinateur sera multipliée par 2 puissance
10 dans 15 ans.
Dernière restriction : cette information
doit être très sensible, sans quoi elle
n'inciterait personne à la déchiffrer.
Toutes ces conditions font dire à Ronan Bertin-Hugault
que "la clé en 1024 n'est problématique
que pour un nombre infime d'utilisateurs". Des
utilisateurs que Certplus ne manque pas d'informer
sur ce sujet, mais qui pour la plupart demeurent attachés
au chiffrage asymétrique en 1024 bits.
Faut-il
envisager la migration vers le 2048 ?
Les autres peuvent se tranquilliser ... pour un temps
au moins. Car ce que la NSA peut probablement faire
aujourd'hui, les pirates pourraient y parvenir sans
trop de difficulté demain. Sur ce point, les
experts sont partagés. Les plus pessimistes
évoquent un délai de deux ans avant
que la clé 1024 soit réellement inquiétée
par les meilleurs pirates. D'autres au contraire parlent
de plus de cinq ans. Une chose est sûre :
les jours de ce niveau de chiffrage sont comptés :
"Même la clé en 2048 bits a une
durée de vie déterminée, qui
est aujourd'hui estimée à 15 ans. C'est
donc elle qu'on emploie pour les données très
spécifiques qui doivent rester secrètes
pendant 15 ans". La clé en 1024 bits devrait
donc tenir bien moins longtemps.