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Copie
d'un article des Cahiers antispécistes
Le texte ci-dessous est paru dans le numéro d'Animals' Agenda
1 de novembre-décembre 1995 (vol. 15, n°6) sous le titre
« Bestiality: The Unmentioned Abuse ». Nous remercions
Carol Adams 2 et Animals' Agenda d'avoir permis aux Cahiers antispécistes
de le traduire et de le publier.
La Rédaction
Il y a quatre ans, quelqu'un pénétra par effraction
dans le zoo Buttonwood à New Bedford, dans le Massachusetts,
agressa sexuellement une biche à queue blanche, puis la matraqua
sans merci. Cette biche âgée de deux ans et nommée
Rachel mourut deux jours plus tard au Centre médical vétérinaire
de la Tufts University-New England à Grafton. Les autorités
dirent qu'elle avait été violée et battue avec
un objet contondant. « C'est l'histoire la plus triste dont
je me souvienne » déclara Dana Souza, la directrice
des parcs de New Bedford, à l'agence Associated Press. «
Qu'un individu ait pu battre et agresser sexuellement un animal
soulève un tollé d'indignation. »
À vrai dire, le terme bestialité nous en apprend
beaucoup plus sur les comportements culturels envers les animaux
que sur les rapports sexuels avec eux. L'intérêt pour
la bestialité se focalise généralement sur
les êtres humains ; ainsi les experts nous disent qu'ordinairement
cette pratique n'a pas de conséquences nocives, et débattent
entre eux de la question de savoir si elle est courante ou rare.
En la désignant par l'expression « rapports sexuels
imposés aux animaux », nous redonnons le rôle
central au point de vue de l'animal. La fréquence de tels
rapports dépasse l'estimation que l'on peut en faire et ces
rapports sont nocifs ; il s'agit toujours de sévices envers
les animaux.
Le dictionnaire American Heritage, pour ne citer qu'un exemple,
donne cette définition de la bestialité : «
qualité ou condition de l'animal ou de celui qui est comme
un animal ; conduite ou action marquée par la dépravation
ou la brutalité ; relations sexuelles entre un être
humain et un animal3 ». Les rapports sexuels avec un animal
relèvent de la dernière acception, tandis que les
deux premières rappellent le mépris que notre culture
porte généralement aux animaux.
Se comporter comme un animal
Pendant des siècles, les attitudes négatives envers
la sexualité se sont inscrites dans une conception qui voyait
le sexe comme l'expression de nos instincts primaires, c'est à
dire comme quelque chose qui réduisait l'être humain
à l'état d'animal. Au Moyen Âge - une époque
où tant l'humain que les animaux impliqués dans la
bestialité étaient passibles de la peine capitale
- beaucoup de gens pensaient que le serpent avait initié
Ève à la sexualité dans le jardin d'Eden. Cette
croyance suscita un débat sur la question de savoir s'il
y avait réellement eu commerce charnel entre Ève et
le serpent, et laissa la forte impression qu'avoir des rapports
sexuels était bestial en soi. Par conséquent, on considérait
qu'agir sur le plan sexuel, c'était agir comme un animal.
Cette attitude est évidente aujourd'hui lorsqu'on désigne
des comportements sexuels agressifs par des expressions telles que
: « se conduire comme une bête en rut », «
être comme une chienne en chaleur » ou « vieux
cochon lubrique * ». De fait, il semble qu'une des raisons
pour lesquelles la position du missionnaire fut recommandée
est que le rapport sexuel se déroulait face à face
plutôt que face contre dos, comme c'est le cas chez la plupart
des animaux.
Les significations multiples du mot bestialité font partie
du problème, en cela qu'elles impliquent que la bestialité
elle-même est un comportement animal. Dans « bestialité
», il reste la « bête ». (Cf. l'encadré
: « Se comporter comme un animal »). Les animaux ne
possèdent pas la distinction entre sphère publique
et privée. Souvent, les gens perçoivent la sexualité
animale comme impudique (et racoleuse) parce qu'elle se déroule
en « public ». Les animaux leur semblent accessibles
du fait qu'ils agissent publiquement.
Au sens le plus étroit, on parle de bestialité quand
il y a pénétration entre un humain et un animal, qu'elle
soit vaginale ou anale ; mais la bestialité peut aussi recouvrir
les contacts oraux-génitaux de toute sorte entre humains
et animaux.
Les animaux qui sont utilisés sexuellement sont ceux auxquels
les gens ont accès : chats, chiens, moutons, vaches, poules,
lapins, chèvres, canards, chevaux, taureaux, poissons. La
proximité permet l'accès sexuel. C'est la raison principale
pour laquelle les gorilles, les chimpanzés et d'autres servent
rarement d'objets sexuels : ce ne sont pas des animaux auxquels
les humains accèdent couramment.
De nombreuses formes de contact sexuel entre humains et animaux
ont un effet physiquement destructeur sur les animaux. Peu de vagins,
en particulier ceux des jeunes animaux, sont assez larges pour recevoir
le pénis d'un Homo sapiens mâle. En outre, les petits
animaux souffrent souvent de déchirements du rectum et de
saignements internes après avoir été sexuellement
agressés ; les volailles et lapins sont souvent tués
par l'acte lui-même. On trouve aussi des comportements sexuels
sadiques envers les animaux. Les volailles sont souvent décapitées
parce que cela intensifie les convulsions de leur sphincter, et
donc accroît le plaisir sexuel de l'homme. Même sans
sadisme, la bestialité est une violence faite aux animaux
parce qu'il s'agit de rapports sexuels imposés.
Le silence est un problème majeur. À la différence
de la plupart des formes de contact sexuel, où chaque partenaire
peut relater son expérience, dans le cas de la bestialité
un seul des participants peut parler, et généralement
il se tait à cause de la stigmatisation dont elle fait l'objet.
Étant donné que la bestialité est le plus souvent
pratiquée en privé, il se peut que personne n'en sache
jamais rien. Par conséquent, nous ignorons l'étendue
du phénomène.
Plusieurs chercheurs ont essayé d'établir une estimation
précise du pourcentage d'humains qui tentent d'imposer des
rapports sexuels aux animaux : le psychiatre allemand Richard von
Krafft-Ebing dans les années 1880, Alfred Kinsey et ses collègues
aux Etats-Unis à la fin des années 1940, et plus récemment-
en 1994- des sociologues de l'Université de Chicago. Ces
études ont fourni des estimations du pourcentage de mâles
pratiquant la bestialité qui varient de 1 à 65%. L'importance
de l'écart reflète sans doute moins des variations
dans la fréquence de la bestialité que des différences
dans la manière dont la bestialité est définie
et mesurée, ainsi que dans le degré de confiance que
l'on peut accorder aux réponses fournies par les sujets de
l'enquête selon qu'ils ont été interrogés
directement ou via des questionnaires anonymes. En résumé,
nous ne pouvons pratiquement rien affirmer concernant le pourcentage
de la population pratiquant la bestialité.
Il y a trois formes de sexualité imposées par les
humains aux animaux : la sexualité opportuniste ou «
soupape de sécurité », la sexualité fixative
et la sexualité dominatrice (Voir l'encadré «
Types de sexualité avec les animaux »).
La sexualité « soupape de sécurité »
est souvent considérée comme l'acte occasionnel de
jeunes curieux, comme une exploration sexuelle plutôt qu'une
déviance. L'idée que la bestialité est une
soupape de sécurité qui fonctionne jusqu'à
ce que les hommes (habituellement jeunes) soient prêts à
passer aux femmes amène à se demander si les femmes
auxquelles accèdent ces jeunes gens ne sont pas elles aussi
des soupapes de sécurité. De plus, cette forme de
bestialité n'est pas une aberration inoffensive. Les animaux
souffrent de la bestialité « soupape de sécurité
», et les humains apprennent qu'il est normal de traiter les
autres comme des soupapes de sécurité.
Types de sexualité avec les animaux
La sexualité opportuniste ou « soupape de sécurité
» : « J'ai besoin d'assouvir mes pulsions sexuelles...
ils sont disponibles... il n'y a pas de partenaires humains dans
les parages... Je vais le faire avec un animal. »
La sexualité fixative. Les animaux deviennent des objets
d'amour et sont les seuls « partenaires » sexuels d'un
humain.
La sexualité dominatrice. C'est lorsque des donneurs de
coups, des violeurs et des pornographes imposent des relations sexuelles
entre un humain et un animal à des fins d'humiliation, d'exploitation
sexuelle, de domination et de contrôle.
Dans la seconde forme de bestialité, la sexualité
fixative, un animal devient l'objet exclusif du désir sexuel
d'un humain. Bien que de nombreux termes médicaux aient été
appliqués à une fixation sur les rapports sexuels
avec les animaux, ceux qui s'engagent dans ce type de sexualité
préfèrent qu'on les nomme « zoophiles »,
un mot emprunté, comble de l'ironie, au milieu de la protection
animale. La vision du monde du zoophile ressemble à celle
du violeur et de l'auteur d'abus sexuels sur enfants. Tous considèrent
les rapports sexuels qu'ils ont avec leurs victimes comme consensuels,
et croient qu'ils profitent à leurs « partenaires »
sexuels comme à eux-mêmes. De même que les pédophiles
font la différence entre ceux qui abusent des enfants et
ceux qui les aiment- en se rangeant dans la seconde catégorie
bien sûr- les zoophiles font la distinction entre ceux qui
abusent sexuellement des animaux (qui pratiquent la bestialité)
et ceux qui aiment les animaux (les zoophiles). Dans les deux cas,
ces distinctions ne sont rien d'autre que des auto-justifications.
Quoi qu'il en soit de la fréquence de la bestialité,
le fait est qu'elle a son propre forum sur internet (alt.sex.bestiality)
qui fournit sur le monde de ses adeptes des exemples à glacer
le sang. Une personne a raconté avoir des rapports sexuels
avec des chiens errants avant de les déposer dans des refuges.
Une autre a relaté des scènes de bestialité
avec un chien dont un ami lui avait confié la garde. Une
troisième a décrit les rapports sexuels qu'elle entretenait
avec son cheval, un percheron croisé.
On ne peut pas parler très longtemps de sexualité
avec les animaux sans remarquer les aspects relatifs au genre :
elle est surtout le fait d'hommes. Et ce sont surtout des femmes
qu'on représente la pratiquant, et qui sont forcées
de s'y livrer. Ce type de bestialité, la sexualité
de domination, est utilisée de longue date par les hommes
violents pour humilier leurs partenaires. Les centres d'accueil
pour femmes battues dans tout le pays recueillent des récits
de femmes qui ont été contraintes à des relations
sexuelles avec des animaux. Une femme a raconté que son mari
l'attachait et la forçait à avoir des rapports sexuels
avec le chien de la famille. Ensuite le mari essayait d'avoir des
rapports sexuels avec le chien pendant qu'il forçait celui-ci
à pénétrer sa femme. Les rapports sexuels forcés
avec des chiens dressés étaient une méthode
de torture des femmes juives dans l'Allemagne nazie ; elle a récemment
été utilisée sur des prisonnières politiques
au Chili.
La bestialité faisant intervenir des femmes constitue un
genre à part entière dans la pornographie. Des ours,
serpents, chiens et insecte -pour ne nommer que quelques espèces
d'animaux- ont été photographiés ou filmés
dans diverses positions sexuelles ou sexualisées avec des
femmes. Dans le monde entier, des « sex clubs » proposent
des spectacles où des femmes se livrent en direct à
des relations sexuelles avec des animaux. Quelques villes situées
sur la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis donnent
des représentations où des femmes et des ânes
tiennent la « vedette ». Les femmes de couleur sont
souvent représentées avec des animaux, ce qui est
une façon de renforcer le préjugé raciste selon
lequel les femmes de couleur sont insatiables.
À travers la pornographie, des chiens, des serpents et d'autres
animaux aident un homme à s'imaginer lui-même participant
à la scène. Ce que le client de la pornographie prétend
être du domaine de l'imagination, nous devons le considérer
comme une documentation sur des sévices : une vraie femme
doit avoir un vrai serpent à l'intérieur d'elle pour
que la photo d'un serpent la pénétrant puisse exister,
une vraie femme doit faire une fellation à un vrai ours pour
que la photo d'une femme faisant une fellation à un ours
puisse exister.
Outre le fait qu'elle est un moyen de rabaisser les femmes, la
bestialité intervient dans le racisme, l'homophobie, l'antisémitisme
et, bien sûr, les attitudes envers les animaux. L'accusation
de bestialité a été utilisée pour dépeindre
des groupes spécifiques d'humains comme « différents
», pour les mettre à distance de ceux qui portaient
cette accusation. Le métissage (croisement des races) est
parfois qualifié de bestialité. Un groupe de défenseurs
de la suprématie blanche en Amérique croit que les
Juifs descendent de Caïn, lequel serait le fruit de l'accouplement
d'Ève avec le serpent, tandis que les chrétiens descendent
d'Abel, le fils d'Ève et Adam. Les colonisateurs européens,
et les propriétaires américains d'esclaves croyaient
que les femmes africaines aimaient faire l'amour avec des singes.
Les femmes européennes inculpées de sorcellerie étaient
accusées de commerce sexuel avec les animaux, et on les tuait,
ainsi que leurs animaux de compagnie. Au Moyen-Âge, les chrétiens
considéraient les rapports sexuels avec des Juifs comme une
forme de bestialité. Cette année, un fonctionnaire
de la justice israëlien a comparé l'homosexualité
à la bestialité. Il est très probable que cette
comparaison vient de ce que l'homosexualité et la bestialité
sont énumérées l'une après l'autre dans
le Lévitique 18:23 et 20:15-16. Comme la masturbation, l'homosexualité
et la bestialité sont des formes de sexualité non
procréatrice. Il se peut que toutes les formes de sexualité
non procréatrice aient été condamnées
à une époque où les grossesses étaient
capitales pour la survie d'un peuple. La bestialité violait
aussi l'ordre de la création en mêlant des catégories
-les humains et les animaux- qui étaient destinées
à être séparées et distinctes.
La perception contemporaine de la bestialité comme phénomène
tout à fait bénin a remplacé ces réactions
plus anciennes, mais quelle que soit l'opinion dominante sur la
bestialité, elle ne fait aucun cas des sentiments de l'animal.
Il s'agit toujours de sévices envers les animaux. Des relations
ne peuvent pas être consensuelles quand il y a inégalité
de pouvoir. Dans les relations entre un humain et un animal, l'être
humain contrôle la plupart- sinon la totalité- des
aspects du bien-être de l'animal. Les relations sexuelles
devraient avoir lieu entre pairs, là où le consentement
devrait être possible. Le consentement, c'est quand on peut
dire « non » et que ce « non » est accepté.
Il est clair que les animaux ne peuvent pas faire cela. La bestialité
est le cas typique où l'on se passe de consentement, tout
en prenant l'affection pour un signe de consentement.
En dépit de l'omniprésence des animaux dans les images
et vidéos pornographiques, le milieu de la protection animale
n'a pas encore identifié la bestialité comme un cas
de maltraitance envers les animaux. Le sujet a été
soigneusement évité par ceux qui devraient en discuter
: les militants pour les droits des animaux, les vétérinaires,
les agents chargés de l'application des lois contre la cruauté,
et les féministes. Il est temps de sortir de notre réserve.
Notes :
1. Animal's Agenda, P.O. Box 25881, Baltimore, MD
21224 ; (410) 675-4566 ; www.animalsagenda.org.
2. Carol J. Adams, auteur de The Sexual Politics
of Meat, a co-dirigé avec Josephine Donovan Beyond Animals
Rights: A Feminist Caring Ethic for the Treatment of Animals (Continuum,
1976) et Animals and Women: Feminist Theoretical Explorations (Duke,
1995).
3. À titre de comparaison, voici la définition
du mot « bestialité » dans la langue française
donnée dans Le Petit Robert : 1) Caractère bestial,
animalité, brutalité, grossièreté. 2)
(vieilli) Comportement se-xuel déviant qui consiste à
avoir des relations avec des animaux. [NdT]
*. Nous n'avons pas traduit littéralement
les expressions citées par Carol Adams. Il s'agit de : bringing
out the beast in one [Faire sortir la bête qui est en soi],
wolfish behaviour [comportement de loup] et animal passions [passions
animales]. [NdT]
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