.
Je sentais son souffle sur mon
visage. Il s'était blotti dans le creux de mon épaule.
Je le regardais dormir ainsi. Il semblait détendu, apaisé.
Rien à voir avec ces sulfureuses minutes passées
dans ses bras.
Voilà quelques mois que
j'ai rencontré Yann. Notre histoire a commencé
à la suite d'une annonce dans Citegay. Il se présenta
sous la forme d'un message à mon annonce et me fit savoir
qu'il aimerait bien avoir une expérience avec un homme.
C'était dit simplement, sans périphrase, sans
vulgarité. Je répondis à l'annonce quelques
jours plus tard.
Au fil des messages, il se découvrit
un peu plus chaque fois. 19 ans ! Lycéen et en terminale,
vivant chez ses parents dans la ville la plus proche de celle
où je résidais à quelques dizaines de kilomètres.
Il me rappelait Louis dont il lut la nouvelle n° 2090 dans
Revebebe. Comme beaucoup de jeunes, il l'avait appréciée.
Il ne possédait pas de moyen de locomotion et n'avait
pas encore trouvé le temps de passer son permis. Il se
disait prêt à me rencontrer, mais il ne savait
comment. Il n'avait jamais fait l'amour, ne réussissait
pas à intéresser les filles autrement que pour
les amuser, se trouvait timide voire maladroit dans ses rapports
et certains de ses contacts. Comme il était passionné
d'aviation, je le fis s'exprimer et nous pûmes commencer
à mélanger hobbies, sexe et autres sujets dans
nos messages. Je bousculais et poussais dans ses derniers retranchements
ce garçon. Etait-il assuré de vouloir faire l'amour
avec un homme de 50 ans ? Rien d'improbable, mais combien dans
ce genre de relations épistolaires échangent ainsi
des promesses jamais tenues. En fait, je n'avais guère
le temps de le perdre, car chaque rencontre occasionnelle depuis
que je vivais seule dans cette petite ville du nord, si elle
m'apaisait un temps, ne me satisfaisait pas. Je m'ennuyais et
il me manquait des contacts, des amis ... Mon travail la semaine
me contraignait à me coucher à des heures raisonnables
et il m'était difficile de me rendre dans un lieu de
loisir ou de détente pour y trouver un ami, un confident.
Nous échangeâmes
nos photos. J'attendis le verdict car notre différence
d'âge laissait supposer la découverte d'une réalité
: celle d'un homme physiquement marqué par le temps.
Qu'on le veuille ou non, on a toujours l'impression d'être
attirant comme aux meilleures années de sa vie, mais
les cheveux blancs, les rides peu ou prou marquées sur
le visage, quelques kilos superflus, le relâchement des
muscles ... sont une dure réalité qu'il faut savoir
accepter. Un long silence s'établit entre nous. Sa photo,
je la regardais chaque jour comme pour m'imprégner de
ce visage. Il portait des lunettes qui cachaient en partie ses
yeux gris-vert. Un visage allongé, paisible regardait
le photographe professionnel. Je ne fus pas attiré physiquement.
Une autre photo d'amateur, le montrant les cheveux teints, un
verre à la main donnait un air de grande jeunesse et
d'insouciance qui m'y fît penser que le garçon
pouvait être le contraire de l'impression que j'avais
eu lors de nos contacts épistolaires. Cette impression
fut confirmée par des contacts chaque soir sur MSN où
nous échangions des messages à la volée.
Tout ce qui nous passait par la tête servait à
maintenir le lien que je souhaitais jusqu'à une rencontre
probable. Mais le ton, la forme ... me faisaient penser que
tout cela n'était pas sérieux. Il me criait son
envie de me rencontrer. Il me rassura sur l'appréhension
que j'avais de sa lecture de mes photos. Apparemment, il me
trouvait " normal " ne sachant me dire ce que cela
signifiait pour lui. Il manquait apparemment de vocabulaire,
de sens de l'orthographe. Il utilisait des onomatopées,
des ponctuations à l'emporte pièce, des icônes
souriantes ou graves selon ce que je lui posais comme question
ou ce que je lui répondais. Je sentais cependant que
son envie grandissait de me rencontrer au fil de l'eau, mais
chaque fois il me répondait qu'il attendait la fin de
ses examens car il souhaitait ne pas sortir tard et réviser.
En fait, il ne se rendait pas compte qu'il m'entretenait de
sorties en boîte plusieurs fois par semaine et ce paradoxe
me fit croire un temps que nous ne nous rencontrions jamais.
Les discours furent de plus en
plus osés, quelques unes de mes photos numériques
prises seules me montraient nu. Je voulais être certain
que mon corps n'était pas repoussant. Voulais-je me rassurer
ou exciter sa curiosité ? En fait, il y avait certainement
des deux dans ce genre d'échanges. Après plusieurs
invitations à venir prendre un verre quelques minutes
un soir à la maison, il finit, sous l'effet de la curiosité
voire de l'excitation, par accepter. Nous nous donnâmes
rendez-vous dans un lieu public et vers 19 h j'avançai
le chercher. J'attendis de longues minutes au volant de ma voiture.
Je scrutai l'environnement où la foule ne me permettait
pas de le découvrir facilement. Comme nous avions décidé
depuis plusieurs jours d'échanger également par
téléphone ou par message téléphonique
; je reçus un appel où il me fit savoir qu'il
était à quelques minutes du lieu de notre rendez-vous.
Mon cœur battait la chamade.
Aux photos allaient succéder la réalité.
Or, elle était souvent décevante. Comme je sortais
de mon véhicule pour prendre l'air, je le vis arriver,
souriant. J'eus de la peine à le reconnaître dans
un premier temps. Il souriait et avançait d'un pas décidé.
En fait, plus il s'approchait, plus il me semblait différent
de ses photos, plus attirant.
Nous nous saluâmes. Il
s'installa près de moi. Je l'affublais d'une casquette
à la fois pour le protéger de l'air extérieur
car la capote du cabriolet était ouverte mais aussi pour
le camoufler en partie au cas où, dans sa ville d'origine,
quelqu'un aurait pu l'apercevoir. Les trente kilomètres
durant, nous échangeâmes avec difficulté
à cause du bruit mais aussi par la brièveté
de ses réponses. Je le sentais intimidé. Je l'étais
aussi à ma manière. Il me répondait soit
par " ui " (avec cet accent si significatif de la
région) ou par " non ". Il accentuait également
les " a " comme si chaque mot comportant cette voyelle
possédait un accent circonflexe. Il se tenait calé
contre la porte légèrement de trois-quart face
à moi. Je sentais qu'il me détaillait. Il scrutait
mon regard, lisait sur mes lèvres, chaque fois que le
bruit du moteur couvrait en partie mon discours. Comme je lui
posais la question si je correspondais bien à la photo
que je lui avais envoyée - photo où une partie
de mon visage était cachée par ma main sur laquelle
je m'appuyais pour me donner plus de contenance - il me répondit
" pas de problème ". Aucun qualificatif cependant
pour dire que j'étais mieux ou moins bien que sur le
document. Je lui fis la remarque qu'il était différent
de ce que son image pouvait donner de lui. Il me fit une brève
réponse " ah bon ! ". La conversation s'interrompit
dès lors que je pénétrai dans le parking
souterrain pour garer ma voiture. Nous montâmes à
l'appartement qu'il découvrit d'un coup d'œil circulaire.
Je ne révèle jamais mon identité à
mes partenaires d'un soir - homme ou femme - et j'avais rangé
tous les papiers qui auraient pu m'identifier. Dans l'ascenseur,
je trouvais même le moyen de cacher le bouton de l'étage
afin qu'ils le vissent pas. Précautions superflues sans
doute mais rassurantes pour moi. Il resta debout un long moment.
Je l'invitai à prendre un verre. Il décréta
qu'il ne buvait pas d'alcool et un coca fit l'affaire. Je lui
fis signe de s'asseoir dans un des deux fauteuils Voltaire,
pendant que je prenais place face à lui dans le canapé.
Je ne parvins pas à le faire parler plus avant de lui.
Je le taquinai sur les échanges précédents.
Des sourires répondaient à mes provocations. Ses
yeux se déplaçaient rapidement de gauche à
droite, comme pour éviter mon regard car la pièce
était petite et il n'y avait rien apparemment qui put
accrocher le sien.
Le temps me parut long. Je n'osais
m'approcher de lui comme je le faisais habituellement car il
n'avait pas été question que l'expérience
eut lieu ce soir là. Mieux même, il m'avait spécifié
qu'il souhaitait me voir pour faire connaissance et qu'il devait
rentrer tôt ce soir-là. Etait-ce un moyen pour
lui de se permettre une dérobade ? Attendait-il au contraire
que je le provoque ? Presqu'une heure s'écoula, dont
les minutes furent parfois pesantes, car je ne savais plus comment
aborder un nouveau sujet. Quand nos verres furent vides, je
me levai. Il en fit autant. Je déposai quelques papiers
sur un meuble derrière lui. Il était debout, figé,
me tournant le dos. Je fus pris d'un acte de tendresse pour
ce garçon qui ne demanderait rien, qui avait été
jusqu'au bout de sa démarche. Je le pris par les épaules
et le fis pivoter. " Ui ?" me dit-il interrogatif.
Je le regardai longuement dans les yeux. Il me fixa, encore
plus figé par la situation. Je lui répétai
que j'étais content de l'avoir rencontré. Il souriait
en permanence, montrant sa denture blanche. J'approchai alors
mon visage du sien. Je m'attendais à ce qu'il recule,
qu'il me dise qu'il fallait qu'il parte. Il regarda ma main
se baladait sur sa poitrine que je caressai au travers de sa
chemise. Il leva la tête et me sourit à nouveau.
Je le fixai et m'approchai pour l'embrasser. Il eut un petit
recul, mais prit mes lèvres la bouche grande ouverte.
Le garçon n'avait guère embrassé. Il garda
ainsi les lèvres entrouvertes m'obligeant à en
faire autant. Je sentis sa langue sucrée par le coca
qui pénétrait ma bouche. Nous nous embrassâmes
longuement. Ma main avait pénétré entre
chemise et peau et le caressait du bout des doigts. Il eut un
frisson. Je l'interrogeai d'abord du regard puis de la voix
sur son acceptation de rester avec moi un instant. Il hocha
de la tête. Je l'enlaçai alors et nos étreintes
furent de plus en plus fortes. Sa chemise ne résista
pas longtemps. Il me serrait fort à me faire mal. Pantalon,
chaussures et chaussettes jonchèrent le sol. Je le pris
par la main et l'invitai à me suivre dans ma chambre.
Il ne fit aucune résistance. La lumière tamisée
de la lampe de chevet collait nos ombres au mur. Je l'allongeai
sur le lit. Il se mit à respirer fortement. Je sentais
sa poitrine se soulever. Les baisers se firent longs, puissants,
pénétrants. Les mains se baladaient sur tout le
corps évitant volontairement le sexe pour se faire désirer.
Je me déshabillai tout en gardant comme lui mon sous-vêtement.
Il se coucha sur moi et je sentis pour la première fois,
son membre sur ma cuisse. Il se montra fougueux durant les très
longues minutes qui suivirent. Chaque fois, je le calmai, lui
répétant qu'il fallait prendre son temps, qu'il
fallait être doux dans ses approches. La sensualité
prenait un sens pour lui quand je commençai à
le caresser sur tout le corps du bout des doigts ou du plat
de la main. Je lui demandai s'il aimait. Il me dit à
l'oreille que oui. Nos corps se couvraient de sueur. Ce premier
contact était un peu rude, maladroit de sa part, mais
au fil des minutes, il se calma. Il me fit pivoter sur le dos
et me chevaucha, les yeux dans les yeux. Il plongea sur ma bouche
et m'embrassa avec une rare fougue. Puis d'un coup, il me dit
" prends-moi ". Je fus surpris de cette demande. Je
savais qu'il n'avait aucune expérience de l'amour en
général, et de la sodomie en particulier. Je pris
le temps de le caresser faisant glisser à terre son caleçon.
Son sexe, de taille moyenne provoquait mon regard par ses soubresauts
permanents à chaque passage de mon doigt qui caressait
cette hampe turgescente. J'approchai mes lèvres et commençai
à le lécher. Il se détendit, les bras le
long du corps. Il ferma les yeux. Il était beau ainsi,
cherchant à profiter de chacune de mes caresses. La tête
calée entre les oreillers, il la portait en arrière,
menton en avant, chaque fois que la caresse se faisait plus
excitante. Il ne râlait pas, mais ses lèvres bougeaient
comme s'il se retenait. Je lui dis de se laisser aller et qu'il
n'y avait aucune honte à faire ou dire ce que l'on ressentait.
" C'est bon " ce contenta-t-il de répondre,
puis " continue ". Au bord de l'éjaculation,
j'interrompis toute caresse. J'en profitai pour aller chercher
crème et préservatif. Je lui demandai à
nouveau s'il consentait à cette expérience, lui
annonçant qu'elle pouvait s'avérer longue et parfois
douloureuse. Il me fit comprendre qu'il était prêt
et qu'il en avait une énorme envie. Je le fis mettre
sur le ventre, la tête entre les oreillers et je le massai
des épaules à la naissance des fesses. Il apprécia
cette détente. Puis je l'embrassai de la nuque au creux
des reins. Il tressautait légèrement parfois.
Ses fesses étaient rebondies, fermes mais pas tendues.
Je les lui léchai d'un bout de langue tortillante. Il
apprécia cette nouvelle sensation. Puis j'entrepris de
lui faire découvrir les délices d'une caresse
linguale anale. A la manière dont il tint les oreillers
d'une main ferme, l'exercice lui plut. J'en profitai pour faire
couler deux noisettes de crème. L'exercice suivant s'avéra
long. Je ne pus pas le pénétrer complètement,
tout juste à la limite de la douleur. Le sphincter se
contractait. Après de longues minutes, prêt à
parvenir à faire sauter tous les obstacles, il me demanda
de stopper car cela lui faisait mal. Débarrassé
de ma protection, il tînt à me rendre hommage et
me fit savoir qu'il voulait conserver dans sa bouche, sans l'avaler,
le fruit de ma jouissance. Je lui déconseillai de pratiquer
ce genre d'exercices avec n'importe qui sous peine d'être
un jour contaminé. Il renouvela sa demande. La suite
fut extraordinaire. Il avait pris de l'assurance, s'était
détendu après l'appréhension de cette première
fois. Il suçait merveilleusement bien, ayant pris exemple
sur la fellation que je lui avais faite précédemment.
Il avait compris que la caresse buccale accompagnée d'une
légère masturbation de la main qui suivait le
même rythme de va et vient, donnait encore plus de plaisir
au partenaire. Je l'avertis de l'imminence de l'éjaculation,
et ce, afin qu'il se protégeât d'avaler. Je fus
surpris par mes propres cris, tout autant que lui.
Après cette longue rencontre,
nous restâmes allongés sur le dos, récupérant.
Son ventre était couvert de son sperme et son éjaculation
fut tellement forte, que son menton et son front portaient les
traces de son plaisir. Je lui tins la main, doigts entrecroisés.
Après quelques minutes, nous allâmes prendre une
douche.
Le retour fut silencieux ou presque.
Je ne savais pas si le garçon avait apprécié
ou s'il avait conclu que ce serait notre seule rencontre. Au
cours du voyage, je posai ma main sur sa cuisse. Malgré
ses jean's, je sentais la chaleur de son corps.
Ma tête était pleine
de cette jouissance et de ces caresses longues, exploratrices
d'un corps que j'avais appris à découvrir en partie.
Au moment de la séparation,
je m'aventurai à lui demander quand nous nous reverrions.
Il conclut d'attendre la fin de ses examens.
Sur le chemin du retour, je trouvai
l'air plus frais, plus régénérateur. Ma
tête était vide, mon corps détendu. Je me
dis que ce serait une des très rares fois où j'avais
envie de revoir mon partenaire d'un soir.
Nous nous revîmes cependant
un peu avant ses examens. Chaque fois la rencontre fut merveilleuse
de caresses, de tendresse, de sensualité. Je lui appris
à mieux embrasser et à continuer d'être
doux dans ses caresses et mouvements. Le corps est un matériau
fragile, délicat. Ses progrès étaient fulgurants.
Nous échangions également
des messages sur tous sujets et je le rassurai sur ses qualités
intrinsèques car il avait besoin de repères. Il
m'envoya un SMS - message téléphonique - "
Je t'apprécie énormément, voilà
tout, tu dois être la personne qui doit le mieux me connaître
", parmi les nombreux messages que nous échangions.
Celui-ci me bouleversa, car je sentais qu'une amitié
forte s'établissait entre nous. Un autre me remercia
pour toute l'aide que je lui apportai dans son évolution.
Un soir, seul durant un des rares
week-end où je restais chez moi, je me mis à douter
de cette relation. De mon côté, comme du sien,
il fallait éviter une liaison amoureuse forte, qui bouleverserait
nos vies. J'appréhendais ce moment que j'avais connu
une seule fois quelques années auparavant. Plus jamais,
il ne convenait que j'en arrive là. Notre différence
d'âge, l'impossibilité et le refus de vivre avec
quelqu'un car ma vie familiale était ailleurs, même
si cet ailleurs déchantait depuis quelques années.
J'étais bisexuel et je désirais le rester. Je
ne pouvais détacher son visage de ma pensée. Je
me surprenais à être ému par ce jeune garçon,
si attachant. Il voulait vivre des expériences de toutes
sortes et je lui promettait d'en tenir compte en gardant en
tête qu'il fallait qu'elles soient les mieux réussies
possibles.
Il vint me rejoindre à
Paris un week-end, inventant pour ses parents une invitation
d'un de ses copains. Le week-end fut court mais intensif.
Chaque jour qui passait, je souhaitais
lui faire plaisir sans qu'il se sente attaché par mes
marques de sympathie voire d'amitié et d'amour. Il ne
demandait jamais rien, n'avait aucune exigence, donnait tout
de lui, m'apportait cette tendresse dont j'avais tant besoin,
une présence physique plus que verbale car il est souvent
silencieux...
... il était assoupi,
détendu. Je le caressai d'une main. Il m'avait fait l'amour
... j'étais très perturbé car j'avais décidé
dans ma tête de lui permettre de me faire l'amour comme
il l'entendait. Il se montra généreux, entreprenant,
tendre et fougueux à la fois. Quand vint le moment, j'appréhendai
à la fois l'acte par lui-même, car j'avais été
toujours actif dans mes relations et ne désirais pas
aller au-delà. D'autre part, psychologiquement, j'avais
l'impression de basculer d'un état de bisexualité
à un état d'homosexualité irréversible.
C'est en pensant à tout cela que je compris en fait que
j'avais combattu cette envie, enfouie dans mon inconscient.
Le fait qu'il m'eut proposé de me prendre me convainquit
que ce désir avait existé. J'avais envie de me
donner à lui. C'était à mon tour "
ma première fois ". Je compris toute l'appréhension
qu'il avait dû ressentir quand je sentis que maladroitement,
il tentait de me pénétrer. La douleur fut vive
à l'égal de son impatience. Je crus devoir renoncer
dès les premières minutes. Je le calmai malgré
quelques coups de rein qu'il ne pouvait pas s'empêcher
de donner pour faire sauter cette barrière d'un muscle
qui se rétractait à chacune de ses poussées.
Le soir était orageux, l'air étouffant "
collait à la peau. Nos corps ruisselaient de sueur. Les
préliminaires furent longs, intensifs, parfois brutaux.
Il haletait. Son envie était grande bien que les jours
qui avaient précédé m'avaient fait douter
de la pérennité de cette liaison. Tous les soirs,
son examen dans sa poche, il sortait et m'entretenait de la
belle assurance qu'il avait acquise auprès des filles.
Il avait eu de longues caresses avec une fille mais n'avait
pu conclure par envie. Il n'avait toujours aucune expérience.
Le voulait-il vraiment ? se rassurait-il de se savoir encore
pleinement masculin ? Chaque fois qu'il énonçait
son avenir, il me parlait de fonder une famille. Cela comme
une sorte de garde-fou par rapport à notre liaison et
ses expériences homosexuelles. Je l'encourageai à
poursuivre dans cette voie de la recherche de l'âme sœur
et féminine mais au fond de moi, je savais que ce jour-là,
nous ne nous reverrions plus. Je compris alors la crainte que
j'aurais à le quitter, à ne plus le toucher, à
ne plus l'aimer, d'autant qu'à 2 ou 3 reprises, même
si le verbe aimer dans notre langue a des acceptions différentes
en intensité, il me dît " je t'aime ",
comme je lui disais parfois. Ce je t'aime, était tout
le plaisir que nous avions à faire l'amour, à
échanger car le sexe était certes la composante
la plus forte, mais pas la seule dans cette relation nouvelle.
Il existait beaucoup de respect entre nous. Je le voulais pour
ami, il était devenu aussi un amant. Pas " mon "
amant, car il ne m'appartenait pas. Enfin, l'âge, les
études finiraient entre autres par nous séparer
un jour. Cela m'émouvait au plus haut point. Mes sentiments
grandissaient au fil des jours sans atteindre l'amour impossible,
sans la volonté de vivre ensemble. C'était surtout
de la tendresse pour un garçon qui pouvait être
mon fils. Est-ce que ne se mélangeaient pas les regrets
de n'avoir pas vu grandir ses fils que la vie éloignaient
de moi aujourd'hui ? Avais-je envie dans ce brouillard confus
de sentiments et de souhaits, d'entretenir une relation complexe
fils-père et amant à la fois, condamnant moi-même
ce genre de relations vis-à-vis à d'autres ? Ce
fut aussi une grande leçon de tolérance que je
recevais grâce à lui. Ces réflexions me
poursuivirent plusieurs jours avant notre rencontre, mais il
était clair que s'il me demandait ce qu'il m'avait réclamé
lui-même la première fois, je lui donnerai car
je ne trouvais aucun prétexte, aucune raison valable
de ne pas partager complètement avec lui.
Quand il finit après de
longues minutes à me pénétrer complètement,
la douleur disparut et j'eus envie de le sentir en moi. Il se
coucha sur mon dos, entoura mes épaules de ses deux bras
et donna de petits coups de rein que je sentais parfaitement.
Il s'épuisa le premier. Sa tension nerveuse était
à son comble. Quand il se retira, il souffla longuement,
s'étendit les bras en croix comme épuisé
par l'effort. Comme lui, je reçus dans ma bouche, le
fruit de sa jouissance qu'une première expérience
dans un passé lointain avait failli me faire vomir, ce
qui m'empêcha de recommencer. Ce goût salé
tint dans ma bouche de longues heures. Quand après quelques
minutes j'entrepris à nouveau de le caresser, son sexe
timidement prit une position érectile mais son énergie
avait été consommée. Il ne put m'amener
à la jouissance et je dus me caresser pour calmer également
cette nervosité qui s'était emparée aussi
de moi.
Il dormait... Quand je dus le
réveiller pour le ramener chez lui, il s'excusa de cette
grande fatigue. Je l'embrassai tendrement sur la bouche, très
ému, comme pour lui faire comprendre que je lui pardonnai.
Nous voilà séparés
par les vacances. Trois semaines où beaucoup de choses
vont pouvoir se dérouler pour lui. Nous nous sommes donnés
rendez-vous à mon retour. Il m'a écrit un "
je t'aime " dans un de ces derniers messages. Je lui ai
répondu la même chose. Je crois que je tiens profondément
à ce garçon, plein de charme, de tendresse, de
sensualité... L'avenir ? je l'ai balayé d'un revers
de main, car il m'empêcherait de dormir et puis, toute
histoire a une fin. Peut être que la nôtre n'en
aura pas, car rien ne prouve qu'on ne pourra pas continuer au
moins à s'écrire, tout en respectant la vie de
chacun, comme des vieux amis...