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A quoi bon vous dire que j'ai
vécu cette histoire, cette nuit de blanc satin. A cette
époque, j'avais 26 ans et un look un peu différent,
avec des cheveux plus courts qu'aujourd'hui. Je n'avais toujours
pas trouvé le prince charmant et partageais ma vie avec
des compagnons épisodiques. Mon éducation avait
été assez stricte et mes amours étaient
(et sont toujours.) tout ce qu'il y a de plus orthodoxes. J'étais
ce que l'on appelle une jeune femme sage et rangée. Je
ne m'en vante pas et n'en ai pas honte non plus. C'était
comme ça, voilà tout. Ceci pour dire que j'étais
parfaitement hétéro et ne nourrissais nul fantasme
envers les femmes, quel que soit leur âge. Enfin, j'étais
depuis la fin de mes études, infirmière à
l'hôpital T., à Paris. Rien ne me prédestinait
donc à cet épisode exceptionnel de ma vie avec
Anne.
Depuis l'enfance, je faisais
de la danse. Ma pratique n'avait pas été régulière.
J'arrêtais, puis reprenais. Je m'étais à
nouveau inscrite depuis deux ans à un cours dans le 15ème
par goût et pour maintenir la forme et la ligne, qui n'avait
que trop tendance à s'arrondir... Il y avait des pratiquantes
de tous âges. En même temps que mon cours le vendredi
soir, dans la salle voisine, se déroulait un cours d'adolescentes.
Nos horaires étaient identiques. Nous arrivions et repartions
ensemble. Elles étaient comme nous le sommes toutes à
cet âge, joyeuses, insouciantes, vives, bavardes, rieuses.
Une moins que les autres cependant ; longiligne, plutôt
fluette, une jolie petite frimousse toute fine avec une frange
de cheveux noirs bouclés et d'immenses yeux noirs. Je
l'avais remarquée parce qu'elle restait le plus souvent
à l'écart avec un air un peu triste, quand les
autres babillaient en sortant. Un soir, de novembre je crois,
alors que dehors la pluie tombait drue, je sortais derrière
elle et la vis courir vers son bus qui venait de démarrer
et qu'elle manqua. Sa fragile silhouette dans sa cape bleue
trempée, dans les lumières tristes de la ville,
me serra le cœur. Je me dirigeai vers elle et lui proposai de
la ramener avec ma voiture. Elle accepta immédiatement
avec un beau sourire et c'est ainsi que je fis la connaissance
d'Anne. Elle avait 16 ans et en paraissait un peu moins. Elle
se sentit tout de suite en confiance avec moi. En fonction du
temps, de ma disponibilité, je la ramenai plusieurs fois
chez elle et je compris, peu à peu, les raisons de ses
fréquentes tristesses. D'abord comme souvent à
cette période de la vie, elle se sentait mal dans son
corps et les relations avec les garçons avaient été
jusque la décevantes. Mais surtout elle n'était
pas heureuse chez elle entre une mère remariée
et un beau-père avare d'affection. Elle avait, à
tort ou à raison, l'impression que toute la tendresse
de ses parents, entre lesquels tout n'allait pas toujours très
bien, allait vers son jeune demi-frère de 9 ans et que
personne ne l'aimait ni ne s'intéressait à elle.
Bref, ça n'était pas drôle tous les jours
à la maison et j'imagine que c'était important
pour elle de se sentir reconnue par une adulte. De mon côté,
même si ça peut paraître nunuche, j'avais
l'impression que les quelques instants que je lui accordais
étaient une bonne action et j'y prenais d'autant plus
de plaisir qu'elle avait l'esprit vif, des idées bien
arrêtées sur tout et que c'était, quand
on avait percé sa carapace, une jeune fille sympathique
et attachante.
Un soir de mars, alors que je
la ramenais chez elle, je la sentis particulièrement
en dehors de ses baskets. Elle ne me répondait que par
monosyllabes puis se mit à pleurer doucement. Je ne savais
trop quoi lui dire, quoi faire pour la consoler ; c'est toujours
si désarmant le chagrin d'une autre. Je savais que je
serais seule la prochaine fin de semaine, mon mec de l'époque
partant je ne sais plus où. Je lui ai demandé
si ça lui ferait plaisir de passer le week-end avec moi,
en copine, si ces parents étaient d'accord bien sur.
Elle me répondit oui et ça alla beaucoup mieux
ensuite. Je téléphonai à sa mère
dans la semaine et il fut convenu que je la prendrai tout de
suite après le cours et que je la ramènerai le
dimanche après-midi.
Tu pressens peut-être,
puisque je te raconte cette histoire, que c'est à l'occasion
de ce week-end que le sexe va s'y introduire (si je puis dire
entre femmes.), que l'invitation était au fond préméditée
et que je cachais, enfoui au fond de mon subconscient, un désir
d'elle inavoué et inavouable. Ai-je pris le prétexte
d'un bain ensemble pour découvrir nu son mince corps
juvénile, l'enduire de savon parfumé, le caresser
et l'inonder de tendres baisers ? Ou peut-être avons-nous
feuilleté ensemble le Kama-Sutra et ses gravures troublantes
pour apprendre à cette pure et tendre innocente les gestes
de l'amour et qu'en même temps qu'elle mouillait son doigt
pour tourner les pages d'une main de plus en plus tremblante
dans un souffle de plus en plus court, ma main exploratrice
et gourmande glissait le long de sa cuisse frémissante
jusqu'à l'échancrure de sa petite culotte et sa
fente entr'ouverte ? Ou lui ai-je proposé de dormir avec
moi pour mieux l'avoir douce et tiède contre mon corps,
faire dresser du bout de ma langue la pointe de ses petits seins
mignons, la posséder toute entière frémissante
et palpitante, m'enivrer du parfum de ses cheveux, me bercer
de ses doux gémissements et me noyer dans ses grands
yeux ? Grands dieux, non ! Rien de tout cela, au risque de te
décevoir. Aucun fantasme de ce genre, aucune attirance
physique pour les jeunes filles en général et
Anne en particulier. Aucune câlinerie entre nous. Une
simple camaraderie sans la moindre équivoque. Nous fîmes
les boutiques. Je l'emmenai au restaurant et au cinéma.
Elle avait souhaité voir Astérix. Pas ma tasse
de thé, tu t'en doutes. Mais il avait été
si bon de l'entendre rire. Nous avions papoté ensemble
de tout et de rien. Ce week-end lui avait fait du bien et j'avais
été heureuse de lui faire oublier un peu son quotidien.
Si j'insiste tant sur l'absence d'attirance physique et de tout
désir charnel, c'est en fonction de ce qui va suivre
et revêtit un caractère d'autant plus inattendu,
surprenant et exceptionnel.
Quand arrive le moment de l'acte
d'amour (oui je sais, ça fait démodé et
je pourrai écrire la baise mais je suis comme ça)
avec un homme par lequel on a décidé de se laisser
séduire, c'est fort et délicieux bien sûr,
mais attendu. Mes émotions sexuelles les plus intenses,
je les ai toujours éprouvées quand rien n'était
prémédité, que la relation sexuelle était
imprévue, inattendu et surgissait sans prévenir,
si je puis dire. Qu'existe t-il de plus suave que la surprise
? Et en l'occurrence, aussi extravaguant que cela continue à
m'apparaître, faire l'amour avec Anne, s'il faut dire
les choses ainsi, fut une sacrée surprise pour moi. Et
pour elle tout autant. Du moins, je le crois.
C'était le dernier cours
de l'année, avant les vacances d'été. Une
belle et chaude journée de juin. Anne savait que j'avais
prévu de la ramener et elle m'avait dit que sa mère
m'invitait à dîner. Elle était toute heureuse,
se réjouissait de me faire visiter sa chambre et ses
posters de danseuses. A notre arrivée, nous trouvâmes
sa mère affolée, sur le départ, quittant
l'appartement en catastrophe pour prendre le train et rejoindre
son ami présent auprès de son père dont
l'état était préoccupant. Le dîner
avait été préparé et elle me dit
de ne rien changer à la soirée. Anne s'en était
faite une telle joie. Nous mangeâmes donc ensemble et,
je dois bien le dire, bûmes peut-être un peu plus
qu'il n'eut fallu. Ce qui donna un bel entrain à la conversation,
des fous rires et des joues roses. Puis Anne m'emmena dans sa
chambre où nous continuâmes longuement nos papotages
en écoutant ses disques préférés.
Zazie surtout, qu'elle adore. Tout ayant une fin, même
les bonnes soirées, je lui dis qu'il était temps
que je m'en aille. Elle me demanda de rester encore un peu,
me dit que si je voulais, je pourrai rester dormir chez elle,
que ce serait sympa. J'étais un peu fatiguée,
ressortir, faire le trajet, ne me disait rien. Bon d'accord
lui dis-je. Bonne idée. Puis vint le moment où
je lui demandai où je pourrai trouver des draps et me
faire un lit. Avec sa fraîcheur et sa spontanéité
habituelles, elle proposa alors de dormir avec elle. Précisant
que son lit était bien assez large pour nous deux, que
ce serait chouette et que ça lui ferait plaisir. Comment
refuser ? Deuxième problème. Où trouver
pour moi un pyjama ou une chemise de nuit de sa mère
? Et deuxième solution simple et limpide d'Anne : dormir
tous les deux toutes nues, « puisque de toute façon
il fait chaud ». Comment refuser sans paraître sottement
prude et un peu ridicule et surtout en repoussant cette complicité
innocente, cette confiance. Et voilà comment nous nous
retrouvâmes nues l'une à côté de l'autre.
Je suis d'un naturel assez pudique, aussi étais-je un
peu surprise et gênée de la situation, même
si je ne lui montrai pas. Que penserait sa mère si revenant
impromptu, elle nous trouvait ainsi. Anne ne se posait pas ces
questions. Elle était ravie de la situation. Puisque
jamais nous n'avions été si proches l'une de l'autre.
Elle s'était prestement déshabillée, enlevant
sa robe rouge, ses socquettes et faisant glisser sa petite culotte
blanche à pois bleus avant de se faufiler comme une anguille
sous le drap mince. J'avais entrevu son corps maigre et gracile
qui m'avait rappelé le mien adolescente, les longues
cuisses fines, le sexe ombré d'une légère
toison, les seins qu'elle avait petits et pointus. Elle m'avait
regardée enlever mes vêtements avec ses grands
yeux et cette curiosité candide que l'on a toujours pour
la nudité dévoilée de l'autre. J'avais
senti son regard tranquille et intéressé sur mes
seins, mon ventre, mon sexe à la toison épaisse
tranchant avec son sexe clair. Je sentais monter en moi une
forme particulière, confuse, indistincte mais réelle
d'émotion sensuelle. Quelque chose d'assez indéfinissable
et de vaguement troublant. Le sentiment d'une situation spéciale,
d'une appartenance l'une à l'autre différente.
Bien sûr, elle se blottit contre moi, ses cheveux noirs
au creux de mon épaule, le renflement de ses seins mignons
contre mon flanc et je lui souhaitais bonne nuit et de beaux
rêves. Mais Anne n'avait pas sommeil. Elle me chuchota
à l'oreille qu'elle me trouvait très belle, qu'elle
n'aurait jamais un corps aussi beau que le mien et d'aussi jolis
seins. Je répondis qu'à son âge les miens
n'étaient pas beaucoup plus gros (ce n'était pas
tout à fait vrai) et que les siens pouvaient encore pousser.
Que de toute façon la beauté ne tient pas aux
centimètres et que des jolis petits seins comme les siens,
c'est aussi très séduisant (cf. sa Zazie adorée).
Je n'ai jamais été particulièrement fière
de mon corps mais sans fausse modestie, ma poitrine n'est pas
le plus mal réussi. Et je voyais qu'Anne était
assez fascinée par mes seins, que son regard ne quittait
pas. D'un geste naturel, quasi anatomique, elle commença
à me palper doucement le sein gauche en me demandant
« tu veux bien, dis, que je touche » sans bien sur
attendre la réponse. Elle avait repoussé le drap
léger dans la nuit tiède. Il y avait son corps
nu contre le mien, l'odeur légère de ses cheveux,
de sa peau. Sa paume posée sur mon sein, appuyant doucement
pour en éprouver toute la douceur. Et bien sur, mes pointes
ont commencé à durcir et se dresser. Elles sont
très sensibles et très érectiles et, bien
que sans élément de comparaison, j'ai toujours
pu déduire de la réaction de mes amants à
la première étreinte et de leur excitation qu'assez
probablement leur longueur dépasse la moyenne. Je sentis
sa respiration s'accélérer légèrement
tandis que ses doigts agiles passaient et repassaient sur mon
bout dressé, si sensible. Je commençai à
ressentir une chaleur au creux du ventre qui m'alerta sur la
tournure que risquaient de prendre les évènements
si je n'y prenais garde et je jugeai qu'il était temps
d'y mettre le holà. Je posai mes mains sur ses épaules
et la repoussai gentiment mais fermement en lui disant d'une
voix se voulant sévère : « Anne, ça
suffit. Arrête. Il faut dormir maintenant. Bonne nuit».
Je me retournai, lui tournant le dos. Et m'endormis.
Je sortis progressivement de
mon sommeil, à un moment de la nuit que je serai bien
incapable de préciser, dans cet état très
particulier qui n'est ni la conscience ni l'endormissement où
les choses se passent dans une sorte de brume, comme dans un
rêve éveillé. Je sentais vaguement, fugitivement
puis de plus en plus nettement une caresse sur mon corps, une
main qui glissait sur mon flanc, s'attardait sur mon sein, effleurait
mon cou, mes cheveux. Emergeant à moitié de mon
sommeil, je perçus la respiration accélérée
d'Anne et me retournant, la vision de ses yeux clos et de son
autre main glissée entre ses cuisses ouvertes et caressant
suavement son sexe en de petits gémissements. Dans cet
état de semi conscience qui abolit les tabous, chasse
les pudeurs et favorise les abandons, son désir offert,
son désir éclatant, fit naître le mien comme
une vague et je ne pus ni ne sus y résister. Les frontières
étaient abolies. Il n'y eut plus une jeune adulte et
une grande adolescente, mais deux femmes s'offrant à
la découverte, au partage des caresses désirées.
Je la pris dans mes bras, caressant doucement sa joue, serrant
ma poitrine contre elle, posant sa main sur mon sein, en dirigeant
la pointe vers ses lèvres mouillées qui se refermèrent
en une douce pression, me sucèrent et ce fut tellement
bon de sentir sa langue mouillée d'abord timide, hésitante
puis agile, glisser sur mes bouts, les contourner, les lécher,
les titiller. Je me sentais fondre et mon désir grandir
et commencer à inonder déraisonnablement mon ventre.
Qu'elle était belle et sensuelle avec ses joues empourprées,
ses lèvres brillantes, sa respiration saccadée,
ses cheveux collés, tous les signes troublants, terriblement
excitants, de son désir. Ce désir qu'elle avait
de moi. De mon corps. Et le désir que j'avais d'elle
et de lui donner le plus de plaisir possible à ce moment
extraordinaire, hors du monde, hors du réel. Elle me
picorait, me dévorait de petits baisers humides. Sa peau
était très blanche tranchant sur ma peau mate,
avec un goût légèrement acidulé,
comme ses lèvres, comme sa langue comme sa bouche que
j'explorai sans retenue avec gourmandise, avec délices.
Pendant que je lui caressai les cheveux, le visage et que mes
doigts agaçaient le tendre petit bouton rose gonflé
de ses seins délicats, sa main glissait vers ma toison
où ses doigts s'enfouirent avidement, jouant avec mes
poils bouclés puis descendirent encore encore écartant
les lèvres humides, glissant dans ma fente, explorant
mon vagin et s'attardant en un mouvement de plus en plus rapide
de plus en plus vif sur mon clitoris, reproduisant ai-je pensé
ses caresses quand elle masturbait. Nous gémissions doucement
toutes les deux, enivrées du chant de nos gestes câlins,
échangeant baisers et mots fiévreux chuchotés,
les ma belle ma douce croisant les je t'aime je t'aime les Anne
oh Anne les Michèle Michèle oh Michèle
encore comme c'est bon comme c'est merveilleux. Ses cuisses
luisantes, lustrées, inondées de son intimité,
étaient douces comme la soie et mes doigts de satin à
leur tour, avec une prudente et infinie douceur frissonnante,
avec précaution, entrouvrirent sa fleur précieuse
et en agacèrent le bouton éclos. Nos gémissements
enflèrent, devinrent plus rauques. Mon désir était
redoublé par le tabou franchi de l'amour avec une femme,
une jeune fille inexpérimentée, par le bonheur
de provoquer ce qui était certainement son premier orgasme
de femme, par son corps léger, transparent, offert, ouvert,
si attendrissant. Je la serrai fort contre moi, mes mains plaquées
sur ses fesses rondes et fermes, mon doigt mouillé de
son jus glissant dans sa raie, caressant son anus, osant cela,
l'élargissant doucement, le pénétrant progressivement,
suavement, comme j'aimai qu'on me le fasse, provoquant ses frémissements
puis un soubresaut de tout son corps arqué dans un long
râle de plaisir suffocant, nos deux sexes collés,
frottés l'un à l'autre, nos deux corps frissonnants
unis, nos deux liqueurs du plus intime d'elle, du plus intime
de moi, se mélangeant et nous jouîmes ensemble
tremblantes et palpitantes, chavirées d'une formidable
tendresse, d'un exceptionnel désir comblé, d'une
fantastique plénitude. D'un intense et fugitif bonheur,
comète étoilée filant incandescente au
ciel de notre nuit.
Au matin, je me suis réveillée
la première. Nos émois irréels de la nuit
me paraissant d'un autre monde. Je l'ai regardée avec
attendrissement, belle endormie dans l'abandon paisible du sommeil.
Je me suis levée sans bruit et suis partie, lui laissant
un petit mot sur la table de la cuisine, près d'un bol
de céréales et d'un verre de jus d'orange. «
Anne. Je dois partir et n'ai pas voulu te réveiller.
Tu dormais si bien. Je veux juste te dire que ce qui s'est passé
de rare, d'extraordinaire cette nuit, c'est que nous avons fait
ensemble le même rêve. Un de ces rêves merveilleux
tellement précieux, tellement exceptionnel, qu'il ne
peut rester qu'unique. Pour conserver à toujours son
charme et sa beauté. Bises. Avec toute mon amitié.
Michèle ».
Non, rien ne vous oblige à
croire que cette histoire m'est réellement arrivée.
Pourtant.